De jour en jour, la situation se tend au Venezuela. L’époque du chavisme triomphant semble lointaine. Le pays s’enlise dans la crise politique et ne semble pas en capacité de tenir le choc économiquement. De son côté, Nicolas Maduro semble avoir perdu son sang-froid. Il a transmis le contrôle des ports, aéroports et zones pétrolières à l’armée.

Dans un pays à la tradition démocratique ancienne cela a beaucoup de mal à être accepté. Le Venezuela bascule de plus en plus dans la crise politique avec la possibilité désormais de la tenue d’un référendum révocatoire à l’encontre du président Nicolas Maduro. Les opposants, majoritaires à l’assemblée et menés par Henrique Capriles, sont parvenus à rassembler les signatures nécessaires à sa convocation (ils en revendiquent 400 000 soit le double de ce qui est nécessaire). La pression s’accentue sur la présidence, qui se tend de jour en jour et accuse les États-Unis d’être derrière cela.

Nicolas Maduro, une menace pour la stabilité de l’Etat ?

Désormais se pose la question de sa date qui sera déterminante pour la suite. S’il a lieu avant janvier 2017 et que Maduro le perd, de nouvelles élections auront lieu ; alors que s’il a lieu après cette date son vice-président lui succédera.

Mais le chaos est proche puisque Nicolas Maduro menace désormais de demander la dissolution de l’assemblée à la justice constitutionnelle. Une telle décision amènerait des conséquences impossibles à prévoir en ce qui concerne les réactions tant sur le plan international qu’au niveau interne.

Le chef de l’Etat semble être prêt à tout afin de se maintenir au pouvoir. Le successeur d’Hugo Chavez n’a ni son charisme ni sa situation exceptionnellement bonne sur le plan économique. Il sait qu’il n’a plus que deux institutions qui le soutiennent : l’armée et la justice.

maduroanuncioseconomicos.jpg_1718483346Les officiers « chavistes » sont nombreux et sont prêts à défendre le pouvoir en place jusqu’au bout. Les privilèges dont ils bénéficient dans l’économie nationale l’expliquent en grande partie. La militarisation du régime inquiète dans la région. Les souvenirs de régimes s’appuyant ou dirigés par des militaires est encore frais et douloureux dans de nombreux pays comme le Brésil, l’Argentine ou le Chili.

Les magistrats les plus importants du Venezuela soutiennent eux aussi le président et ses décisions controversées. Ils ne semblent plus aujourd’hui être que des facilitateurs donnant une base légale et constitutionnelle aux agissements du président.

Une crise économique à l’issue incertaine

La crise politique s’ajoute donc à la crise économique. Elle en est même la conséquence.

Le régime chaviste ne fonctionnait que grâce à la distribution de la rente pétrolière à ses « citoyens-clients ». La chute du prix du baril de 120 à 50 dollars (et même 30 dollars début 2016) a été la preuve de la fragilité de ce système. L’absence de diversification de la structure économique et la dilapidation des ressources financières générées, sans vision de long terme se paient aujourd’hui.

96% des recettes extérieures proviennent de la vente de pétrole. Le budget national est calculé en fonction de cette seule donnée. Le Venezuela est un pays qui n’a ni industrie ni agriculture digne de ce nom.

Les conséquences sociales sont donc immenses. La population manque de tout. Les importations ont baissé de 40% en 2015 et ne semblent pas prêtent de repartir à la hausse.

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De plus, la décision récente de la Citybank de suspendre ses activités comme « correspondent Bank » pour l’Etat vénézuélien place ce dernier en marge du système financier international en ce qui concerne ses transactions en dollars et en euros et complique davantage sa situation.

Le mercredi 20 juillet, le FMI a publié un rapport dans lequel il estime, tout comme la Banque Mondiale, que le PIB vénézuélien allait chuter de 10% sur l’année en 2016 et l’inflation continuer d’augmenter pour atteindre 700%.

Devant cette catastrophe aucune mesure ou impulsion ne semble donnée par le pouvoir, qui se contente de dénoncer un complot des milieux d’affaires nationaux soutenus par Washington.

Le président a même dû se résoudre à la réouverture de la frontière avec la Colombie. Une marée humaine de 130 000 personnes s’est immédiatement rendue chez le voisin afin de s’approvisionner en produits de première nécessité (dentifrice, papier toilette, riz, huile, farine, sucre). 80% des produits de première nécessité manquent et devant l’afflux massif de Vénézuéliens les autorités colombiennes ont annoncé qu’elles n’autoriseraient plus ses ces passages, du fait de la contrebande et des trafics qui en découlent.

Dans une Amérique latine qui a déjà vu la destitution de Dilma Rousseff au Brésil et où les scandales de corruption se multiplient (Argentine, Brésil, Bolivie), le Venezuela est le cas le plus complexe car il mêle crise politique et crise économique d’envergure. Ce pays connaît l’inflation la plus importante au monde, un besoin d’importer des produits de première nécessité qui lui cause un déficit commercial record et des pénuries à tous les niveaux. Avec un mandat se terminant en 2019, Nicolas Maduro a du temps mais aucune marge de manœuvre que ce soit sur le plan politique ou sur le plan économique. Au niveau diplomatique, le régime chaviste semble isolé et est resté sourd à la médiation internationale. La tentative de l’ancien premier ministre espagnol Luis Rodriguez Zapatero, fin juin, a été un échec. Le Pape François et l’ancien président costaricien Oscar Arias pourrait se joindre à lui pour essayer de faire avancer les choses.

L’avenir de ce pays est plus qu’incertain.